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LA BANDE SONORE
« Music from Koreyoshi Kurahara’s Film ANTARCTICA »

En 1982, Vangelis a fait un carton avec sa célèbre bande originale composée pour le film Blade Runner (de Ridley Scott), teintée de musique électronique. Poursuivant ce style musical, le musicien d’origine grecque (né le 29 mars 1943) nous livre une nouvelle œuvre magistrale avec Antarctica. La musique est à l’image du film : belle, triste, poignante et majestueuse. Certains pensent qu’il s’avère difficile, voire impossible, de composer quelque chose d’humain et d’émouvant avec des synthétiseurs. Pourtant, Vangelis nous prouve le contraire avec Antarctica. En effet, sa musique reflète la profonde tristesse du film et la part d’humanité qui unit ces hommes torturés par les remords, en raison de ces pauvres chiens qu’ils ont dû abandonner en Antarctique.
Evidemment, une grande bande originale de Vangelis ne serait rien sans un grand thème : c’est précisément ce dernier qui fait tout l’intérêt de ce très bel album. Vangelis ne tarde jamais à faire intervenir ce thème durant le film, thème essentiellement associé aux chiens et à leur lutte pour la survie. Majestueuse, souvent mélancolique et triste d’esprit, parfois même douloureuse, cette magnifique mélodie évolue sous différentes versions à travers le film. Vangelis lui donne quelques sonorités asiatiques (rappelons que le long-métrage est japonais, comme les personnages) dans la première plage du disque, le merveilleux « Theme from Antarctica », qui dévoile une reprise plus énergique du thème, non sans rester très émouvante. En effet, elle sait vous toucher droit au cœur, grâce à son imparable beauté. Bien entendu, il s’agit là de la pièce maîtresse du disque, titre qui sortira également en single 45-tours. Indiscutablement, « Theme from Antarctica » est l’une des plus belles compositions de toute la carrière de Vangelis. Par ailleurs, cette version du thème conclut le film en beauté (si toutes les fins pouvaient être aussi réussies que celle-là...).
Vangelis utilise plusieurs combinaisons sonores différentes pour parvenir à ses fins : tantôt nappes de synthétiseurs, tantôt sons cristallins évoquant l’immensité de la blancheur des paysages, tantôt passages rythmiques pour les moments les plus énergiques. Le splendide « Antarctic Echoes » évoque les paysages de l’Antarctique avec des nappes à la fois paisibles, majestueuses, aériennes et très saisissantes. Ce deuxième titre définit à merveille ces vastes espaces sauvages et ces solitudes blanches, exposant la fascination pour la beauté incomparable de ces contrées gelées mais aussi l’hostilité surprenante de ce monde glacial. Ici, on est très proche du style qu’a adopté Vangelis lorsqu’il a composé ses musiques aux sonorités new-age pour les documentaires de Frédéric Rossif, comme L’apocalypse des animaux (1973), La fête sauvage (1976) ou encore Opéra sauvage (1979). Ainsi, Vangelis nage en terrain connu car Antarctica frôle, par moments, l’esthétique du documentaire animalier.
Le troisième titre, « Kinematic », représente la plage la plus rythmique et la plus énergique de l’album. En effet, elle se distingue par son rythme plus marqué évoquant un certain espoir pour les chiens qui partent à la recherche de nourriture. Vangelis développe, une fois de plus, ses différentes sonorités électroniques avec quelques combinaisons qui nous renvoient assez clairement à Blade Runner.
« Song of White », quant à lui, fait l’objet d’une petite curiosité fort originale, où l’on entend des sonorités émises par des flûtes exotiques au caractère un brin ethnique, lequel n’est pas sans faire penser à la culture nipponne.

La seconde partie de la bande originale se veut plus sombre, plus douloureuse et plus lente. L’impérial « Life of Antarctica » évoque la scène où Taro et Jiro s’adonnent à la chasse aux oiseaux, près de la base de Showa (dans la version originale japonaise du film, le titre se poursuit lors des retrouvailles des deux frères avec Kuma et Anko, puis lors d’une nouvelle partie de chasse aux phoques entreprise par les quatre chiens). Ici, on ressent le côté grave (voire dramatique) de la situation puisque, si ces chiens ne mangent pas, ils mourront de faim dans les heures à venir. Pour survivre, il faut se battre...
Plus sombre et particulièrement triste, « Memory of Antarctica » évoque à travers ses différentes nappes de synthétiseurs les moments les plus déchirants et douloureux du film (comme le départ d’Ochi et d’Ushioda devant quitter la base et les chiens, ou encore les derniers instants de vie de Shiro).
Il en va de même pour le sinistre « Other Side of Antarctica », où Vangelis teinte sa musique de plusieurs dissonances très expressives. Ces dernières traduisent un très fort sentiment de gravité qui domine le titre du début jusqu’à la fin. Il s’agit sans doute de la plage la plus inquiétante et la plus dramatique de l’album, une plage que l’on peut entendre dès les premières images du long-métrage (lors de l’apparition des crédits). Ainsi, la sinistre atmosphère engendrée par le titre annonce clairement la couleur à propos du film : on ne va pas avoir affaire à n’importe quelle histoire !
La dernière plage, « Deliverance », reste avec « Theme from Antarctica » le morceau le plus connu de la bande sonore. Cette pièce est entendue vers le début du film, c’est-à-dire pendant l’expédition, lorsque les chiens tirent vaillamment le traîneau des trois explorateurs. Aucunement triste, tragique ou dramatique, le titre évoque la détermination épatante de ces quadrupèdes lorsqu’ils travaillent, mais aussi les efforts qu’hommes et animaux mettent en commun pour mener à bien une telle aventure, surtout lors des endroits les plus difficiles à franchir.
L’album Antarctica : une réussite exceptionnelle...tout comme le film ! Il s’agit d’un disque poignant, touchant et inoubliable, sans lequel le long-métrage n’aurait certainement pas eu le même impact. En faisant appel à Vangelis, Koreyoshi Kurahara ne pouvait faire meilleur choix.

En effet, le musicien grec était la personne idéale qu’il fallait pour mener à bien cette mission. A cette époque, Vangelis se trouvait alors au sommet de son art et de sa carrière, suite notamment à la parution de son exceptionnel Chariots Of Fire (1981), une bande sonore qui a rencontré un immense succès. Tout juste après avoir terminé de travailler sur Antarctica, le compositeur grec déclarera : « La raison pour laquelle j’ai accepté de composer cet album est que j’ai beaucoup aimé le film. De plus, l’entente entre Kurahara et moi s’est avérée encore meilleure que ce que je pensais. Je crois qu’on a fait du bon boulot et j’espère que les gens auront du plaisir à voir le film autant que j’ai eu du plaisir à travailler sur la musique ».
Il est impossible de ne pas ressentir toute la tristesse de cette histoire poignante à travers le thème mémorable que le compositeur nous a livré pour Antarctica. Parfaitement ancrée dans le film, la musique électronique de Vangelis nous prouve ainsi que l’on peut composer des musiques très humaines et très émouvantes à partir de quelques synthétiseurs, des instruments souvent jugés froids. Bien entendu, cette bande sonore est à réserver en priorité soit aux fans de musique électronique/new-age, soit aux fans de Vangelis, soit aux fans du film lui-même. Pour les autres, Antarctica fait partie des grandes bandes sonores du compositeur à découvrir, aux côtés de ses autres œuvres incontournables réalisées pour le septième art, comme 1492-Conquest Of Paradise (1992) ou les déjà nommés Blade Runner et Chariots Of Fire.
Bref…une bien belle bande sonore…à l’image du film !
Sorti en 1983 (quasiment en même temps que le long-métrage), le disque vinyle n’a été distribué qu’au Japon, dans un premier temps. En effet, il aura fallu attendre 1988 pour que la compagnie Polydor sorte l’album à échelle internationale, en format CD. Voici donc la liste complète des titres :
| 1.Thème from antarctica (7:30) |
5.Life of antarctica (6:00) |
| 2.Antarctica echoes (5:58) |
6.Memory of antarctica (5:30) |
| 3.Kinematic (3:50) |
7:Other side of antarctica (6:57) |
| 4.Song of wite (5:18) |
8.Deliverance (4:31) |
VANGELIS O. PAPATHANASSIOU
Vangelis est au travail sur la musique du film. La bonne entente qui a régné entre l’artiste et Koreyoshi Kurahara n’a fait que faciliter les choses. De plus, ANTARCTICA a bénéficié de la formidable période créatrice que le compositeur grec traversait à ce moment-là. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Chariots Of Fire ou Blade Runner.
Vangelis est très fier d’avoir été sollicité pour ANTARCTICA, d’autant plus qu’il affectionne tout particulièrement le monde des animaux comme de la nature en général. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’il est appelé à composer la bande sonore d’un film animalier.
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